Pas assez de formation dans nos entreprises - Nouvelle obligation générale de formation

Depuis longtemps déjà, l’importance d’un apprentissage continu a été soulignée. Cependant, seuls 60 % des travailleurs bénéficient d’une formation générale, un pourcentage étonnamment faible. Les travailleurs comprennent pourtant bien l’intérêt des formations. Le prestataire de services RH ACERTA et Jobat.be sont arrivés à ce constat en se basant sur leur enquête proposée à 1700 travailleurs, et sur le Talent Pulse, auquel 2000 travailleurs ont répondu

Publié 03-09-2018

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41 % des travailleurs sans formation

En 2017, 41 % des travailleurs n’ont suivi aucune formation générale, et 49 % n’ont suivi aucune formation technique. Benoît Caufriez, directeur chez Acerta Consult : « Ce taux est trop faible pour différentes raisons. Sur le plan légal, les employeurs sont obligés de prévoir au moins deux jours de formation par travailleur et par an, ce que l’on appelle le budget formation dans le cadre de la loi Peeters (loi sur le travail faisable et maniable). Mais l’importance que les travailleurs y accordent et les bénéfices pour l’employeur représentent une bien meilleure raison, ou une meilleure motivation pour accorder aux formations l’attention qu’elles méritent. La formation peut faire la différence. Une formation veille à ce que les travailleurs restent employables, que vous ayez, en tant qu’entreprise, une réponse à la robotisation et l’automatisation croissantes, que vous puissiez engager selon les talents et les compétences plutôt que les aptitudes concrètes et que vous deveniez un employeur attrayant. Tous ces atouts sont loin d’être négligeables en ces temps de pénurie sur le marché de l’emploi. Il faut miser sur la formation. Pas parce qu’elle est obligatoire, mais parce qu’elle apporte un double gain. C’est de cela qu’il est vraiment question. »

William Visterin, rédacteur en chef de Jobat, regrette aussi les faibles résultats en termes de formations suivies pour les travailleurs belges : « Dans notre pays, la nécessité d’apprendre tout au long d’une carrière n’a jamais été aussi marquée », estime William Visterin. « Le fait, par exemple, que près de la moitié des collaborateurs n’ont suivi aucune formation technique l’année passée est en contradiction évidente avec cette nécessité, ne serait-ce que pour suivre le rythme effréné auquel la technologie évolue », ajoute-t-il.

Un travailleur sur trois souhaite un budget de formation personnel, même au détriment du salaire brut

En effet, les travailleurs ont très bien saisi l’importance des formations pour eux. Pas moins de 32 % des participants à l’enquête Talent Pulse approuvent l’affirmation suivante : « Si la possibilité existait de transformer une partie de mon salaire annuel brut en un budget de formation personnel, j’en ferais usage ». Benoît Caufriez : « Un travailleur sur trois voudrait même "acheter" des formations. Il s’agit ici de formations au sens large du terme, donc aussi des formations sans lien avec le travail. Toutefois, cela en dit long sur la priorité que ces travailleurs donnent aux formations. »

Lorsqu’il s’agit de formations susceptibles d’être bénéfiques pour le travailleur et l’employeur, il est idéal que la réalisation des formations ait lieu de commun accord, en se concentrant sur la motivation du travailleur ainsi que les résultats de la formation pour l’employeur. Bien que les travailleurs estiment que l’initiative et la réalisation des formations devraient autant venir des deux côtés (50/50), leur employeur manque tout de même d’initiative dans la pratique.

Seuls 34 % des employeurs se préoccupent du transfert de connaissance

Benoît Caufriez : « Le Talent Pulse souligne de toute manière que seuls 7 % des travailleurs qui ont suivi une formation confirment franchement que leur employeur suit par la suite comment ils peuvent mettre en œuvre les connaissances/compétences acquises dans leur emploi. »
En y ajoutant les 27 % qui remarquent un suivi dans une certaine mesure, nous arrivons à quelque 34 % d’employeurs soucieux du transfert de la théorie à la pratique. Benoît Caufriez : « Ce faible taux laisse supposer que les employeurs considèrent encore trop souvent les formations comme une perte de temps et non une opportunité, quelque chose dont l’entreprise peut aussi profiter. Il est seulement possible de faire une différence pertinente lorsque l’employeur vérifie si les éléments appris sont effectivement appliqués sur le lieu de travail. »

Le temps libre réservé aux formations qui profitent surtout au travailleur

Les travailleurs partent du principe (probablement à juste titre) que leur employeur est moins disposé à investir en eux à l’aide de formations si le lien avec l’entreprise est minime.

Dès lors, nous constatons que les travailleurs sont largement prêts à investir leurs propres fonds et moyens dans des formations qui éveillent leur intérêt, mais ne présentent pas du tout de lien avec le contexte professionnel actuel ou éventuellement futur chez leur employeur (plus de 50 % approuvent cette affirmation) ou des formations qui contribuent à une meilleure employabilité à l’avenir sans que l’employeur actuel en profite directement (48 % des participants).

Benoît Caufriez : « Ces chiffres ne sont pas surprenants, en effet. Les travailleurs ne trouvent pas étrange que les employeurs investissent moins dans l’acquisition de connaissances ou d’aptitudes dont l’entreprise n’a pas besoin ou n’aura pas besoin à l’avenir. C’est pourquoi ils sont prêts à faire cet investissement eux-mêmes. Mais les travailleurs sont parfois aussi disposés à investir du temps et de l’argent dans des formations dont l’employeur profite également. Ainsi, 37 % des participants à l’enquête Talent Pulse déclarent être prêts à investir eux-mêmes dans une formation qui les aide à exécuter encore mieux leurs tâches actuelles. »

Retour sur investissement

Il importe que les employeurs considèrent les formations comme une opportunité, et moins comme une perte d’argent et d’heures de travail. Benoît Caufriez : « Nous arriverons uniquement à un véritable tournant lorsque toutes les parties impliquées comprendront leur intérêt. C’est pourquoi la politique de formation doit inclure un suivi de qualité. De cette manière, l’employeur veille également au transfert des connaissances acquises sur le lieu de travail. Les moyens mis en œuvre à cet effet doivent être choisis d’après l’environnement de travail. À l’aide d’un débriefing, d’une concertation d’équipe ou de l’utilisation d’une banque de connaissances avec documentation par exemple, l’employeur peut veiller à une bonne diffusion des nouvelles connaissances acquises dans l’organisation et vers les autres travailleurs. Les connaissances apprises persistent surtout sur le lieu de travail lorsque le travailleur formé assume le rôle de formateur après la formation. Cela stimule le transfert de connaissance, mais aussi une bonne communication et une bonne collaboration entre les travailleurs. Et ce, au profit de l’organisation. »

Formation pendant les heures de travail, et de préférence sur le lieu de travail

De l’enquête d’ACERTA auprès des travailleurs, il apparaît que 64 % des travailleurs interrogés suivent de préférence des formations en interne, dans l’entreprise et avec les collègues. Et c’est effectivement le cas. Seuls 34 % des formations ont lieu en dehors de l’entreprise. Si 41 % des travailleurs accordent leur préférence à une formation pratique sur le lieu de travail, 30 % approuvent les formes d’apprentissage plus innovantes, comme les cours en ligne et les webinaires, et 26 % préfèrent une formation classique avec un formateur dans une classe. Toutefois, quelle que soit la forme d’apprentissage, 77 % des travailleurs estiment que la formation doit avoir lieu pendant les heures de travail. Benoît Caufriez : « Nous pouvons conclure que les participants accordent une grande importance à la confrontation avec la réalité. La théorie et la pratique sont les plus proches en cas de formation au travail. Cela explique peut-être aussi que les travailleurs préfèrent apprendre autant que possible sur le lieu de travail et mettre en application immédiatement à cet endroit. »

Source : communiqué de presse Acerta

Attention !

La loi du 5 mars 2017 sur le travail faisable et maniable (M.B., 15.03.2017) a instauré à partir du 1er février 2017 une nouvelle obligation globale pour les employeurs du secteur privé, obligation qui consiste à consentir un effort de formation d’en moyenne 5 jours par an et par travailleur équivalent temps plein (ETP). Cet objectif doit être atteint à terme en suivant une “trajectoire de croissance”.
Ce nouvel objectif de formation de 5 jours par an se substitue à l’effort global de formation de 1,9 % de la masse salariale totale des entreprises précédemment appliqué dans le secteur privé.
L’exécution de la mesure est assurée par l’arrêté royal du 5 décembre 2017 (M.B., 18.12.2017).
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