Les parents indépendants discriminés

En Belgique, plus d’un million de travailleurs sont indépendants. Un tiers sont des femmes. Ils sont chaque année plus nombreux. Or, d’un point de vue familial, ces indépendant-e-s sont des parents de « seconde zone » parce qu’ils ont moins de droits. Le congé de maternité est plus court que pour les salariées (12 semaines au lieu de 15), les pères n’ont pas de congé de paternité. Et les parents, hommes et femmes, n’ont pas accès au congé parental. La Ligue des familles dévoile les résultats de la première grande enquête sur les difficultés de conciliation vie familiale / vie professionnelle des indépendant-e-s.

Toujours l’affaire des femmes

81% des répondant-e-s sont des femmes. C’est une information en soi. Les hommes se sentent-ils moins concernés par les questions liées à la conciliation entre vie privée et vie professionnelle ou à l’accueil de la petite enfance ? Doit-on en conclure que les indépendants se reposent sur leur conjointe alors que les femmes indépendantes gardent une part prépondérante dans la « charge » familiale malgré leur métier ?

Des difficultés réelles

Pour 90% des parents indépendants, il est compliqué d’articuler vie familiale et professionnelle (très grandes difficultés pour 45%, difficultés moyennes pour 45%). Un chiffre bien supérieur aux résultats recensés auprès de l’ensemble des parents : 26% éprouvent de grandes difficultés et 51% des difficultés moyennes.

Les pères indépendants sont 63% à n’avoir pas pu interrompre leur activité professionnelle à la naissance de leur enfant. Et malgré un congé de maternité plus court que les salariées, les mères indépendantes sont 27% à ne pas prendre leur congé en entier. Les principales raisons tiennent à l’organisation de l’activité (65%), aux finances (58%) et à la peur de perdre des clients (44%). 48% des indépendantes ont travaillé pendant leur congé de maternité pour ne pas mettre en péril leur activité.

Les enfants de parents indépendants rentrenttrès tôt à la crèche. 59% avaient moins de 4 mois. Plus précisément, 34% avaient 3 mois, 16% 2 mois et 9% moins de 2 mois. Cela peut s’expliquer par une durée plus courte du congé de maternité des indépendantes et l’inexistence d’un congé d’allaitement ou parental.

Les besoins des parents indépendants

La première priorité identifiée est l’instauration d’un congé de maternité de 15 semaines, une demande qui peut être renforcée par la proportion importante de femmes dans l’échantillon. Viennent ensuite la suppression du mois de carence en cas de maladie ou d’incapacité de travail et l’instauration d’un congé parental flexible et rémunéré pour les parents indépendants.

Deux demandes s’ajoutent : l’instauration d’un congé de paternité pour les pères indépendants (réclamé par 95% de femmes et 86% d’hommes) et la création d’un système efficace de remplaçants, particulièrement demandé par les parents isolés. Le système actuel de remplacement est très peu utilisé car pas adapté aux réalités des indépendant-e-s : trop complexe du point de vue administratif et pas suffisamment développé.

Et maintenant ? Les revendications de la Ligue des familles

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles, voit des opportunités d’améliorations.  « Nous sommes à un momentum. Des propositions de lois pour un congé de paternité pour les indépendants sont sur la table. Dans le même temps, l’INASTI (la sécurité sociale des indépendants) dispose d'une marge disponible de plus de 500 millions d’euros par an. La Ligue des familles propose aux partenaires sociaux et responsables politiques d’affecter une partie de ce boni à des améliorations concrètes en matière de congés parentaux. »

De son côté, Arnaud Deplae, secrétaire général de l'UCM, "l'enquête démontre que les indépendants sont aussi parents vivent sous pression. Il est nécessaire d'améliorer leur situation en prévoyant des indemnités compensant la perte de revenus. Il faut tenir compte des responsabilités d'un  chef d'entreprise et trouver des solutions qui évitent au maximum à l'indépendant de devoir arrêter complètement de travailler."

À l’heure de Uber et de la net-économie, le modèle de l’entrepreneur évolue. Dans le même temps, les familles changent (séparation, recomposition…) et les nouveaux parents aspirent de plus en plus à un meilleur équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle. La Ligue des familles soutient des mesures modernes de sécurité sociale qui renforcent la parentalité des indépendant-e-s : congé de paternité, allongement du congé de maternité et accès au congé parental.

Source : communqué de presse Ligue des familles

Publié 22-11-2017

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