Rencontre avec les doyens des facultés de droit: Etienne Montero (UNamur) (1/5)

La rentrée académique, c'est cette semaine! 

De nombreux étudiants auront choisi de suivre le chemin des auditoires des facultés de droit.

Les doyens des facultés sont responsables des choix qui orienteront la formation de ces juristes de demain. Mais qui sont-ils vraiment? Quelle vision chacun d'eux a-t-il des études de droit? Quel juriste chaque faculté entend-elle former?

Nous vous proposerons, chaque semaine, de découvrir l'interview d'un des 5 doyens des facultés de droit francophones du pays.

Premier numéro de cette série avec Etienne Montero, doyen des facultés de droit de l'Université de Namur.

  

Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui vient de s'inscrire en première année de baccalauréat? Quelles sont d'après vous les compétences requises pour entamer des études de droit?

Je lui dirais de se centrer sur ses études et de s'y investir dès le début de l'année: aller aux cours, tenir des notes à jour, être intransigeant avec soi-même sur la compréhension des matières (ne pas passer trop vite sur ce qui reste flou dans l'esprit, en se fiant à la mémoire). Je lui conseillerais aussi de tirer un bon parti des activités para- et extra-académiques (culturelles, sociales, sportives...), de nouer des amitiés, etc. L'équilibre de vie, l'ouverture d'esprit, la richesse des expériences comptent aussi parmi les facteurs de réussite.

Le droit est une science de livres. La maîtrise de la langue (syntaxe, liens logiques, orthographe...), la précision du vocabulaire, le sens de la nuance, la capacité d'expression, écrite et orale, sont des compétences requises. Pour développer ces aptitudes, on n'encouragera jamais assez tout étudiant universitaire - qui plus est un futur juriste! -  à lire de bons livres (pas seulement des brèves sur Internet). La lecture des «classiques», qui ont défié le temps, déçoit rarement et est particulièrement enrichissante...

Nous avions rencontré vos prédécesseurs en 2008. Les étudiants qui avaient été diplômés en cette année-là (année académique 2007/2008) étaient les premiers à avoir suivi la totalité de leur cursus universitaire selon la nouvelle organisation (baccalauréat/Master) imposée par la réforme de Bologne. 7 ans plus tard, quel bilan pourriez-vous dresser de l'application de cette réforme?

Cette réforme a permis un opportun rééquilibrage des études de droit. Les matières proprement juridiques sont mieux réparties sur les 5 ans, alors que, jadis, l'étudiant devait attendre la troisième année (première licence) pour être confronté à la technicité des grandes branches du droit. En même temps, grâce à l accord des doyens de l époque, les sciences humaines non juridiques (philosophie, histoire, économie politique, etc.) ont conservé une place de choix dans la formation des futurs professionnels du droit. Je m'en félicite car la vocation de l'université n'est pas de former seulement de bons techniciens du droit, mais aussi des personnes douées d'esprit critique et aptes à saisir les multiples enjeux associés à la création et à la mise en oeuvre des règles de droit. Par contre, il ne m'apparaît pas qu'on ait exploité au mieux le système des crédits (ects), censés être alloués aux différentes matières en fonction de la charge de travail qu'elles représentent pour l'étudiant, et non en fonction du nombre d'heures de cours. 

La mobilité des étudiants est-elle désormais bien réelle au sein de l'Union européenne ? Qu'en est-il de l'équivalence des diplômes?

La mobilité des étudiants au sein de l'UE devient une réalité, me semble-t-il, mais, pour des raisons bien connues, elle demeure marginale en ce qui concerne précisément les étudiants en droit. J'ai connu des bacheliers en droit qui ont poursuivi leurs études (master) à l'étranger, mais ils font figure d'exceptions. En revanche, il me semble que davantage d'étudiants sont intéressés à poursuivre leurs études dans une université flamande.

Qu'en est-il aujourd hui de l'apprentissage des langues au sein de votre faculté de droit?

Cela fait de longues années que notre ambition est d'arriver à ce qu'au terme du cycle de bachelier, nos étudiants aient acquis une bonne connaissance réceptive du néerlandais et de l'anglais, de manière à pouvoir comprendre et exploiter les sources du droit dans ces langues. Ces deux dernières années, nous avons pris le parti de renforcer nos exigences à travers plusieurs mesures: traduction des concepts clés en néerlandais dans tous les supports de cours (notamment pour que les étudiants acquièrent le réflexe d'interroger les bases de données juridiques à l'aide de termes néerlandais); obligation non seulement de citer, mais aussi de ferrailler avec la doctrine et la jurisprudence en néerlandais dans les travaux personnels; tables de conversation en néerlandais et en anglais; présence de documents en néerlandais et anglais dans des fardes de documentation; clauses ou extraits de jugement en néerlandais à commenter dans les examens, etc.

L'offre de masters complémentaires est de plus en plus importante. Quels sont les masters de spécialisation proposés par votre faculté?

Nous en avons deux: un master de spécialisation en droit des technologies de l'information et de la communication (DTIC) et un autre, organisé conjointement avec l'UCL et l'Université Saint-Louis, en Droits de l'homme.

Les universitaires sont de plus en plus nombreux et les auditoires de droit connaissent un grand succès. Pensez-vous que les étudiants sont trop nombreux à se lancer dans les études de droit?  Que pensez-vous d'un système d'entrée sélectif comme il en existe en Suède ou en Grande-Bretagne?

Je m'abstiendrai prudemment de prendre position sur ces questions délicates auxquelles je n'ai pas suffisamment réfléchi. Certes, nombreux sont les étudiants qui échouent au terme de la première année et il paraît évident que beaucoup sont mal orientés. Ces échecs représentent un coût humain, social et financier. Je n'ai pas de solution à proposer. J'aurais a priori tendance à permettre à un maximum de jeunes qui le souhaitent de tenter une première année universitaire, tout en veillant à améliorer les outils pour les orienter et les encadrer au mieux. Ainsi, il y a quelques années, avons-nous mis en place, à la faculté de droit de Namur, un dispositif pédagogique original concernant les compétences langagières et méthodologiques, avec une série de tests et de séances de renforcement. De cette manière, on ne se borne pas à constater que certains étudiants n'ont pas les aptitudes requises, mais on leur offre des voies et moyens de se mettre à niveau. 

Retrouvez également l'interview des doyens des facultés de droit dans les numéro de septembre et octobre du "Justement".

Cliquez ici pour découvrir le "Justement" de septembre.

Cliquez ici pour découvrir le "Justement" d'octobre.

Publié 15-09-2015

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