La formation des avocats de demain

Les barreaux et le secteur académique francophone se sont réunis, dans une ambiance « think tank »,  pour échanger sur les enjeux liés à la formation des avocats de demain, dans un secteur en pleine mutation. Une première qui a rencontré un franc succès !

Publié 14-12-2017

Delphine Reman
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A la veille de la 2ème Conférence « Electrochoc numérique », Wolters Kluwer a souhaité, en collaboration avec Avocats.be et l’Electrochoc numérique, réunir plusieurs acteurs importants du monde des avocats et des facultés de droit.

 

Pour un meilleur dialogue entre universités et avocature

 

En effet, comme cela a été souligné dans de nombreux colloques, séminaires, et récemment dans le rapport Haeri remis au Ministre français de la Justice, la révolution numérique impacte les professions juridiques, mais également les organes de formation. Il est essentiel qu’un dialogue soit ouvert, à ce sujet, entre les facultés de droit et le monde des avocats.

Ainsi, les bâtonniers francophones, les administrateurs d’Avocats.be, les doyens des facultés de droit et les professeurs de droit des universités francophones ont été invités à rejoindre, en ce mercredi 13 décembre, le magnifique site du château Bayard à Eghezée pour une soirée riche en échanges.

En ouverture de la soirée, M. Stanislas van Wassenhove, avocat et initiateur des conférences « Electrochoc numérique », et Mme Carine Lecomte, Publishing director pour Wolters Kluwer, ont accueilli les participants.

Le premier pose un constat : depuis plus d’un an, les avocats se sentent impliqués et concernés par la révolution numérique. Le monde académique est, selon lui, moins conscient des changements qui s’opèrent : les jeunes diplômés en droit ne sont pas assez conscientisés à cette révolution. Ils acquièrent, certes, bagage intellectuel, rigueur, expertise, méthodologie. Cette formation leur permet d’évoluer dans un barreau « classique », mais ils ne sont pas préparés au nouveau barreau qui est en train de naître… alors que 60 % des étudiants en droit choisissent la profession d’avocat.

Il y a une nécessité de faire correspondre la formation avec les réalités du terrain, afin de répondre aux nouveaux défis qui se posent aux avocats.

Mme Carine Lecomte, elle, déclare :

« C’est un événement unique en son genre qui nous rassemble puisqu’il réunit les acteurs du monde du droit ayant un rôle à jouer dans le cadre de cette révolution numérique qui bouleverse l’écosystème juridique. Et ces acteurs – vous, nous - qui, dès lors, ont aussi une responsabilité dans la formation des étudiants et des stagiaires afin que ceux-ci puissent toujours se positionner, demain, comme les experts et professionnels du droit incontournables.

Dans cette optique, Wolters Kluwer déclare vouloir s’engager concrètement et véritablement, Wolters Kluwer déclare vouloir soutenir activement, collaborer constructivement, aux initiatives qui pourront être prises. Et déclare être prêt à agir en intermédaire de la convergence entre tous les acteurs du droit. »

Elle lance également un appel à travailler en symbiose avec les professionnels du droit pour concevoir et développer des outils intelligents, et à réfléchir ensemble à l’amélioration des outils au service du juriste et du futur juriste.

 

L'exemple français

 

Deux invités venus de France ont ensuite partagé leurs expériences. La première, Enke Kedebe, a révolutionné la formation des avocats à l’Ecole Régionale des Avocats du Grand Est à Strasbourg (ERAGE). Le souhait était de former les avocats de demain, de préparer les élèves en leur donnant les bonnes compétences. Ainsi, plusieurs volets ont été mis en place, parallèlement au programme de base. Les compétences entrepreneuriales y sont notamment développées : les étudiants sont amenés à gérer un cabinet virtuel pendant leur cursus. La formation s’ouvre aussi aux LegalTech, aux domaines du droit qui émergent et pour lesquels il manque de compétences, et propose une vraie réflexion sur la justice de demain. Un véritable bouleversement, qui a suscité de très belles surprises et un réel engouement.

Le deuxième, Fabrice Mauleon est un passionné. Passionné par tout ce qui touche à l’innovation et à la créativité. Après une carrière en tant que professeur de droit, il se dirige vers la consultance et accompagne les entreprises dans le changement.

Il se positionne d’emblée en trublion : quand il y a rupture technologique, 80% des acteurs du secteur meurent. Ils meurent parce qu’ils regardent de loin le changement et s’en amusent, ils ne se sentent pas concernés et ne réagissent pas. A cet égard, son regard sur les avocats est dur : ils manquent d’humilité et ne se font pas aider pour aller vers plus de digitalisation, contrairement aux autres professions. Il nous dresse l’image du cabinet de demain, où l’expérience client est au centre, où les consultations se font en ligne, de manière plus simple, plus rapide, plus transparente, moins distante.

 

Et dans nos universités belges ?

 

Nicolas Petit, professeur de droit à l’Université de Liège, clôture les interventions. Il ne parle pas encore de vision facultaire mais d’efforts qui émergent petit à petit pour faire évoluer la formation des juristes. Il expose certaines initiatives : un cours sur le droit des robots, ou le premier cycle de formation qui a été lancé par la Brussels School of Cognitive Technologies and Law (BSCTL).

Selon lui, le droit doit avant tout être considéré comme un outil et non comme une connaissance. Quelle est, à l’heure actuelle, l’utilité d’apprendre par cœur les codes ? D’autres compétences entrent en compte : un procès ne se gagne plus uniquement sur la construction d’un raisonnement juridique.

La révolution sera par contre plus lente qu’aux USA, estime-t-il. Il ne faut pas agir de manière trop radicale. Selon lui, tous les acteurs doivent avoir la capacité de créer de la technologie. Il prône un accès de tous à l’A.I. et aux données.

 

Les invités ont ensuite partagé un repas, au cours duquel ils étaient invités, à chaque table, à échanger leurs idées. Un débat, animé par Stanislas van Wassenhove, a ensuite permis à tous de partager sa vision et ses opinions.

Jean-Pierre Buyle, Président d’Avocats.be a remarquablement clôturé cette soirée rencontre et échanges barreaux-universités en rappelant la somme des enjeux cruciaux que représente la numérisation, la robotisation et toute cette révolution digitale pour les avocats. Et il a rappelé la nécessité vitale pour l’ordre des avocats francophones et germanophones de trouver une solution à ce besoin de formation adéquate des jeunes diplômés et futurs avocats.

 

Il est ainsi clair que le dialogue doit se (re)nouer entre représentants des barreaux et représentants des universités dans cette perspective.

Nul doute que chacun a quitté le cadre majestueux qui les accueillait enrichi des échanges qui s’y sont déroulés.

 

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