« La Belgique s’entête à investir dans le sécuritaire… » - D. Paci (observatoire international des prisons)

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L’Observatoire International des Prisons a pour mission d’observer les conditions de détention dans nos prisons, d’alerter et de dénoncer les manquements aux droits humains dont la population carcérale peut faire l’objet. L’OIP se base pour ce faire sur un réseau d’informateurs (détenus, famille, travailleurs en milieu carcéral, avocats…) et recoupe les informations obtenues.

Le 17 janvier dernier, la dernière notice, un rapport de 261 pages recouvrant les éléments de fait et l’analyse de la situation de 2014 à 2016, a été présentée à la presse.

Deux éléments marquants ont été relevés, parmi d’autres.

Premièrement, la non-exécution des décisions de justice et des recommandations internationales par la Belgique a été soulignée.

Dans un arrêt VASILESCU contre Belgique, rendu le 25 novembre 2014, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a enjoint à la Belgique de mettre un terme aux problèmes découlant de la surpopulation, du manque d’hygiène et de la vétusté dans les établissements pénitentiaires (détenus fumeurs avec des non-fumeurs, matelas à même le sol, cellules sans toilette…). Ces problèmes, selon la Cour, revêtent un caractère structurel. Comme seule réponse, l’Etat avance fièrement ses différents «  Masterplan », soit la construction de nouvelles prisons. Or l’extension du parc carcéral n’entraînera pas la fermeture des bâtisses insalubres. De plus, les nouvelles prisons, déshumanisées sur de nombreux aspects (remplacement des agents par des caméras…), n’offrent pas plus de travail ou de formation aux détenus ; au contraire, par leur éloignement géographique, et leur inaccessibilité en transports en commun, elles contribuent à la désocialisation de la personne détenue.

Les choix financiers doivent également être pointés. L’endettement de la population sur 25 ans dans des partenariats publics-privés contestables à bien des égards va de pair avec la réduction du nombre d’heures prestées par les agents pénitentiaires et le service psycho-social. Bref, la Belgique s’entête à investir dans le sécuritaire et les murs, et en paye le prix fort.

Par une série d’arrêts, dont le dernier date du 6 septembre 2016, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a rappelé à la Belgique qu’une annexe psychiatrique de prison ne peut être considérée comme un lieu de soins. Il est inadmissible de détenir des malades et/ou handicapés mentaux, reconnus irresponsables de leurs actes par la justice, dans les conditions qui sont les leurs actuellement (surpopulation dans les annexes, mélange de détenus avec des pathologies très diverses, manque crucial de soins et d’accompagnement, aucune garde médicale la nuit, violence liée à la promiscuité et l’absence de soins,…). Une nouvelle loi est entrée en vigueur le 1er octobre 2016 en matière d’internement…qui ne supprime pas les annexes psychiatriques des prisons !

Autre exemple, les conditions de détention apocalyptiques connues par les détenus lors des grèves à répétition des agents pénitentiaires. Le Comité de Prévention contre la torture et les traitements inhumains et dégradants du Conseil de l’Europe a menacé la Belgique d’une déclaration publique si aucun service garanti n’était organisé dans les prisons. Là encore pourtant aucune loi n’est intervenue pour mettre fin à la situation actuelle. Lors de la dernière grève de mai 2016, des détenus ont saisi la justice pour faire respecter leurs droits. Les décisions de justice n’ont pas été respectées par le Ministre.

Le deuxième thème mis en avant lors de la conférence de presse est le non-sens de cette peine de prison, chère (au moins 40 €/jour/détenu) et inefficace (les chiffres de la récidive le démontrent), qui reste avant tout une institution « pour pauvres » qui, loin de régler les problèmes, les précipitent un peu plus (isolement, pauvreté (perte d’emploi…), contagion criminelle…) . Défaut de perspectives d’avenir, défaut d’espoir, de soins de qualité, de respect…

La prison est là pour faire croire, pour jeter de la poudre aux yeux. A l’OIP, nous sommes pourtant convaincus que la sécurité n’est pas dans les murs ….

 

Pour en savoir plus et télécharger la notice 2016 dans son intégralité : www.oipbelgique.be

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