Carte blanche: Saskia Mermans: Les mieux adaptés survivront

Saskia MermansIl est indéniable que nous vivons une époque fascinante.

Tout change.

Le tsunami d’information, la vitesse à laquelle elle nous parvient, la vitesse à laquelle nous devons y réagir, l’intensité et la proximité des contacts avec les consommateurs – les clients, la globalisation dans tout ce que nous entreprenons.

Rien n’est simple.

La vie est devenue complexe et nous devons nous y adapter.

Ce ne sont ni les plus intelligents, ni les plus riches, ni les plus forts qui survivront.

Darwin le disait déjà: les mieux adaptés et les plus flexibles survivront.

Je constate que, dans le monde juridique, trois tendances se dessinent:

  • L’old school qui essaye à tout prix et de manière corporatiste de garder le statu quo;
  • Ceux pour qui la liberté absolue est la seule réponse: le client est roi, nous le servons;
  • Ceux qui réalisent qu’il faut s’adapter à un monde en mouvement tout en gardant ses valeurs professionnelles.

Les livres qui préconisent la mort des avocats et des juristes se vendent bien.

Je n’y crois pas.

Il est vrai que les prémisses ont changé.

Les entreprises, clients des juristes, que ce soit en interne ou externe, doivent s’adapter aux nouvelles économies pour survivre.

Ceci implique qu’elles doivent:

  • s’intégrer dans des réseaux;
  • gérer des rivières d’informations avec des algorithmes détectant les besoins des clients et permettant de les influencer;
  • accepter de partager et de collaborer.

Un juriste qui ne s’adapte pas à cette nouvelle entreprise est condamné.

En tant que juristes d’entreprise, nous connaissons déjà ces évolutions au sein de nos entreprises car nous les avons nous-même vécues.

Ceci nous a permis de mieux nous adapter que d’autres professions juridiques.

Toutefois, même si les juristes d’entreprise et les entreprises elles-mêmes ont déjà pu faire la transition vers ce nouveau monde, il leur manque encore trop souvent les ressources nécessaires pour pouvoir traduire ces évolutions dans leur travail juridique.

En effet, le juriste de demain devra maîtriser une connaissance technique suffisante lui permettant de faire des recherches utiles dans les big data juridiques et avoir un outil performant à cette fin.

Il devra de plus apprendre à produire des avis, préparer ses recherches de sorte que son travail puisse aisément être consulté dans le futur par des machines de recherches intelligentes.

Il existe déjà quelques bons produits sur le marché, mais ils sont tous très fragmentaires.

Je rêve d’une initiative qui pourrait rassembler toutes les solutions existantes et en faire un produit universel performant et utile à tous les juristes.

Le juriste de demain jouera un rôle plus important dans son entreprise. Cette entreprise ne sera plus dirigée de façon hiérarchique. Elle fonctionnera en réseau.

Dans ce réseau, le département juridique occupera une place clef.

Etant impliqué dans tout projet dès le début, le juriste d’entreprise pourra jouer pleinement son rôle et apporter une vue aérienne permettant de rester concentré.

Il devra apporter des solutions juridiques supportant l’innovation et s’inscrivant dans l’esprit de collaboration et de partage qui anime les nouvelles économies dans lesquelles l’influence des consommateurs et de la société en sa totalité est beaucoup plus présente.

Le juriste de demain devra dès lors avoir les pieds dans la société en suivant les médias sociaux.

Dans un monde où la communication est cruciale, il faut maîtriser les compétences nécessaires à une bonne communication aussi bien en interne qu’en externe. Ceci nécessite des formations spécifiques.

Le juriste de demain est aussi celui qui  réalise que la sécurité juridique à 100 % n’est plus possible.

La complexité de la législation globale, la disponibilité publique de toutes sortes d’informations, la vitesse de communication, le partage et la collaboration font que les risques juridiques des entreprises doivent faire l’objet d’une évaluation constante.

Les outils de recherche et les intelligences artificielles aideront le juriste d’entreprise à faire une analyse rapide et complète d’une situation.

Ce sera toutefois toujours l’homme ou la femme juriste d’entreprise qui devra, à partir de cette analyse, conseiller son entreprise.

Le juriste d’entreprise de demain attend dès lors deux choses de son avocat.

D’abord, l’avocat devra mettre à disposition de son client, juriste d’entreprise, son centre de connaissance et de documentation.

Si les avocats ne font pas preuve de plus d’esprit de partage et de collaboration, d’autres joueurs sur le marché prendront leur place.

Ensuite, les avocats devront agir en sparring-partner, du juriste d’entreprise, dans l’évaluation, de l’analyse.

Les avocats d’affaires ont bien compris cela. Espérons que leurs ordres professionnels ne les empêcheront pas de faire leur travail.

Dans ce contexte, je regrette fortement le règlement pris par l’OVB dans le cadre du détachement de l’avocat en entreprise.

Je comprends tout à fait le souci du respect de la déontologie de l’avocat mais un règlement qui ne tient pas compte de contraintes informatiques dans les entreprises ne fait pas preuve d’un esprit novateur chez les avocats.

Comme je l’ai dit ci-dessus, la déontologie me tient à cœur.

Dans un monde où tout semble possible, où le nombre des prestataires de services (pseudo) juridiques ne cesse d’accroître et, où il y a très peu de contrôle sur la qualité de ces services, il reste très important que les entreprises soient conseillées par des juristes qui sont engagés, de par leur déontologie, à respecter les lois et règlements, à se former continuellement et à veiller à l’intérêt général.

Un conseil avisé : Embrasser les nouvelles techniques, conscient de notre rôle central dans les réseaux et nos entreprises qui seront désormais notre environnement professionnel. »

Saskia Mermans a débuté sa carrière en tant qu’avocat. Elle a travaillé en tant que juriste d'entreprise dans le secteur des télécommunications, dans le secteur bancaire puis dans les ressources humaines. Depuis septembre 2014, elle est à la tête du département juridique de KBC Groupe. Elle est également Présidente de l’Institut des Juristes d’entreprise (IJE/JBJ).

Cette carte blanche est parue dans le «Justement» de mai 2016.

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Publié 19-05-2016

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